Lorsque l’on ferme les yeux après avoir regardé un paysage, il ne disparaît pas vraiment. Il se transforme. Les formes s’effacent, les détails se dissolvent, mais les couleurs demeurent, suspendues quelque part derrière les paupières. Elles deviennent plus douces, plus diffuses, comme filtrées par la mémoire plutôt que par la lumière. Un vert persiste sans feuilles, un bleu sans horizon, un éclat d’ocre sans pierre. Ce ne sont plus des couleurs exactes, mais des sensations colorées — des traces lumineuses qui racontent moins ce que l’on a vu que ce que l’on a ressenti. La mémoire ne conserve pas le paysage : elle en garde l’empreinte chromatique, fragile et intime. Ainsi, même dans l’obscurité des yeux clos, le monde continue de rayonner, réduit à l’essentiel : une poignée de couleurs flottant dans le silence intérieur.

Mes tableaux sont le résultat d’un processus d'auto construction visuelle, où, placé en position de retrait, je laisse les outils (grattoirs, couteaux) et le matériau (peinture à l’huile, acrylique et autres médiums) interagir de manière presque autonome. L'incertitude, l'instabilité, l’aléatoire et l’incontrôlable deviennent des éléments essentiels de ma création artistique. Les teintes sont souvent juxtaposées dans un équilibre fragile : des couleurs chaudes côtoient des tons froids, des zones opaques rencontrent des zones presque translucides. Les strates de peinture, les traces laissées par les outils et les couches de couleur se superposent et se combattent, créant une énergie qui semble en constante évolution. Chaque tableau est simultanément détruit et reconstruit au fur et à mesure du processus.

Cette idée de destruction et de régénération s'apparente à une réflexion sur le temps, le passage et la fragilité des choses. La peinture n'est pas figée, mais elle évolue constamment à travers son processus de création, devenant ainsi le reflet d'un monde en perpétuelle mutation.


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