Je pars d'une peinture abstraite originale, produite par mon geste, différentes couches de matière, mes racloirs et couteaux de toutes tailles, mes choix de couleurs et, surtout, par une succession d’accidents.
Puis je « demande » à l'IA : « Que vois-tu dans cette abstraction ? » L'IA produit alors une interprétation figurative, souvent un paysage, à partir de ce qu'elle « croit » reconnaître dans ma peinture. La photographie ou l'image réaliste générée par la machine devient alors le miroir improbable de l'œuvre abstraite : une interprétation statistique confrontée à une expérience picturale profondément humaine.
J’utilise l’IA pour poser des questions sur la perception. Que voyons-nous réellement dans une peinture abstraite ? Notre imaginaire est-il véritablement singulier ? L'IA révèle-t-elle quelque chose qui était déjà présent dans l'œuvre, ou projette-t-elle simplement sur elle sa propre mémoire des images ?
Une technique unique
Mes tableaux sont le résultat d’un processus d'auto construction visuelle, où, placé en position de retrait, je laisse les outils (grattoirs, couteaux) et le matériau (peinture à l’huile, acrylique et autres médiums) interagir de manière presque autonome.
L'incertitude, l'instabilité, l’aléatoire et l’incontrôlable deviennent des éléments essentiels de ma création artistique. Les teintes sont souvent juxtaposées dans un équilibre fragile : des couleurs chaudes côtoient des tons froids, des zones opaques rencontrent des zones presque translucides.
Les strates de peinture, les traces laissées par les outils et les couches de couleur se superposent et se combattent, créant une énergie qui semble en constante évolution. Chaque tableau est simultanément détruit et reconstruit au fur et à mesure du processus.